Dopamine and doubt (Writings)
Origins
Bonne à l'école,
Dans les clous, bien que rebelle
Où me mèneras-tu, ma gondole ?
Serai-je une éminente intellectuelle ?
Quand je me remets à écrire, j’ai l’impression que ça fait comme l’esprit de la rivière dans Le Voyage de Chihiro, quand il se rend aux bains, se fait percer le ventre, et qu’un torrent de merde et de boue s’en déverse, et qu’on ne peut rien repêcher d’autre qu’un vieux vélo - espérant récupérer quelques pièces qui auraient échappé à la rouille.
La petite pute de la peinture
Bon j'ai un problème, il faut que je réfléchisse.
Pourquoi peindre m'apparaît comme quelque chose d'impossible à chaque fois que je commence un nouveau tableau ? Suis-je impatiente à ce point ?
Je note que je ne suis entourée (face retournée) que de toiles faites à Bruxelles et dont je suis relativement contente, ce qui veut dire que j'ai bien travaillé depuis mon déménagement, malgré l'instabilité que l'on sait.
Problème au niveau de la reconnaissance : j'ai peur de n'être reconnue que pour la partie "lâchée", brouillons, oeuvres rapides et spontanées, surtout en dessin, et pas pour les oeuvres "longues", surtout les tableaux. Alors que je m'identifie plus "peintre" que "dessinatrice". Est-ce que ça veut dire que je suis une snob du dessin ?
Je dirais que la peinture est un médium plus lent, donc ça peut prendre plus longtemps pour faire de "bonnes" peintures que de bons dessins. Mais je considère déjà des toiles comme "bonnes", certaines même vraiment bonnes (c'est-à-dire que, quand je les soumets à l'autocritique la plus sévère et rigoureuse que je puisse m'appliquer, elles "tiennent", même si elles se prennent quelques blessures).
Est-ce que je me voile totalement la face et que mes tableaux sont objectivement moins bien que mes dessins ?
Est-ce que je suis trop flemmarde pour aller "au fond des choses" en peinture ? Est-ce que tout ce délire de "suivre sa voie en peinture" n'est pas quelque chose dont je me suis convaincue pour me permettre de faire juste ce que je veux quand je veux ?
Arg c'est difficile ! Comment savoir si je ne me suis pas automanipulée ??? Comment savoir si j'ai bon goût ?
Le truc c'est que je suis sûre d'avoir bon goût, parce que les choses que j'aime m'apparaissent les meilleures choses au monde, justement parce que je les aime énormément. Par exemple, je trouve les peintures d'Agnes Martin géniales, donc ça me donne l'impression que ce sont certaines des meilleures peintures au monde, sans aucun doute.
Mais mes tableaux, j'ai du mal à juger si ils sont bien ou pas. Ça change trop vite. Ils peuvent m'apparaître bien ou pas bien en deux secondes d'écart. En fait, même si objectivement au final je les trouve bien, quand je commence un nouveau tableau, je me sens propulsée dans le vide. Après je doute de mes capacités à peindre et toutes mes peintures me semblent nulles. Ou alors ça me donne l'impression que les "bons" tableaux que j'ai fait, je les ai fait par hasard, sans trop décider, que c'était un coup de chance et que peut-être ça ne se reproduira jamais.
C'est peut-être pour ça que j'ai une attitude aussi "carpe diem" dans mon travail de la peinture, parce que j'ai l'impression de devoir profiter de quelque chose qui ne se reproduira peut-être jamais.
Suis-je donc si terriblement clichée ? À ce point c'est de la bêtise ! Parce que je sais très bien que ça se reproduit encore et encore, quasiment à chaque tableau. Je l'ai bien vu depuis ces cinq dernières années passées à peindre.
Faut-il que je me discipline ?
Faut-il que j'apprenne des techniques académiques ?
Faut-il que je conceptualise des "projets" en peinture ?
Est-ce que ce sera suffisant de simplement "suivre sa voie", même si c'est en travaillant énormément ? Suffisant à quoi, me direz-vous ?
À devenir une grande peintre !
C'est-à-dire à essayer que chaque tableau soit le meilleur possible. Cela se passera-t-il en développant mon travail de façon active, ou bien en continuant d'être attentive et réceptive à ce que "veut" chaque tableau ?
Mon dieu, suis-je à ce point soumise à la peinture ?
Pourquoi quand j'écris sur la peinture j'ai l'impression de faire mon coming-out en tant que petite soumise à l'ultime milf immatérielle ? Je suis une obsédée ou quoi ? Putain ! Comment je peux être prise au sérieux ! Si je suis retenue dans l'histoire de l'art, ce sera comme la petite pute de la peinture, comme son petit chien-chien ! Alors que j'aimerais qu'on se souvienne de moi comme "une bonne artiste de son temps, qui a sû utiliser la peinture pour créer, qui a compris les enjeux et a été intelligente". Pas comme une petite soumise qui a fait tout ce que Madame lui a dit de faire !
Mais je suis trop addict à ce mode de travail pour en changer... Je n'ai plus qu'à espérer que c'est réciproque entre elle et moi. Mais franchement, j'ai pas trop de doute. C'est tellement bien de peindre que je peux pas croire que ce soit que moi. Au final, même ces moments de doute me rapprochent d'elle.
Il est temps que je me déleste de certains réflexes humains comme l'attente de reconnaissance, la beauté ou le temps rapide pour peindre. L'impatience va être la chose la plus difficile à réformer. Dans tous les cas, je peins avec mon humanité, donc je ne pourrais pas faire abstraction de ces questions (beauté, reconnaissance, impatience). Il faut juste que je garde en tête que je dois me fondre à d'autres critères, d'attente et de contexte, temporel notamment. Parce qu'au final je veux vraiment être la petite pute de la peinture. Mais dans le bon sens, c'est à dire qu'elle aussi elle est ma petite pute1.
Le temps chiffonné
Je parle l’Oa
Dernière langue humaine dont on se rappelle aujourd’hui
En l’An 300 av. JD, Présent 1 : Première lueur de Présent à l’horizon
Ao dans le miroir me fait signe
Une mangouste passe
La pluie se met à tomber, le Présent se met à l’abri
Mangouste et Présent commencent à baiser ; une ampoule grille
Photo/mort
Susan Sontag dit que photographier quelqu'un est une sublimation de l'assassinat (Sur la photographie, Christian Bourgeois Éditeur, p31). Chaque fois que je me fais photographier, je me fais tuer, une fois, deux fois, cent fois. Tour à tour, je me fais tuer, je tue quelque chose, on me tue, je tue quelqu'un, on me tue... Je n'aime pas la plupart des photos de moi car je me vois morte et symboliquement possédée par qui m'a tué. Lorsque j'aime une photo de moi, c'est que c'était une mort résurrectionnelle. Je vends le droit de me tuer en me photographiant. Le prix à payer est de se voir morte. La récompense est de relativiser cela, et de se voir parfois canonisée.
Le genre des peintres, styles picturaux, matières, touches
Le pointillisme est féminin. Le cubisme est plutôt masculin (surtout Picasso). Van Gogh est androgyne. Georgia O'Keeffe est très féminine. Josef Albers est androgyne. Dana Schutz est devenue de + en + masculine en vieillissant (à la Garouste). Arp est androgyne. Ernst aussi est plutôt équilibré. Nicole Eisenman est plutôt masculin·e. Neo Rauch est masculin avec parfois des touches de féminité. Munch est masculin. Polke est masculin mais essaie de se donner un air féminin. Louise Bourgeois est androgyne. Kupka est féminin. Matisse est plus féminin que masculin. Fragonard est féminin. La peinture de Toroni est féminine, mais lui pas du tout. Hiroshige est féminin. Chagall -> féminin. Boticelli -> féminin.
Compositions récurrentes
On regardait cet affreux film sur Bob Ross dans ma nouvelle coloc un soir. À un moment, le personnage du directeur de musée demande au peintre qu'elle est l'image qu'il a de collée sur le fond de sa rétine. C'est l'idée que les peintres pourchassent une image tapie sous leurs paupières, l'idée du sujet ultime. C'est très essentialiste, mais j'aime un peu ça -c'est putassier, comme dirait Kelly. En tout cas ça m'a intéressé, parce que je me suis rendu compte l'année dernière, en faisant un dessin foncedée à mon ancien atelier, Wärma (Gégé était là bien sûr), que j'avais une manière récurrente de faire certaines de mes compositions. Sans faire attention, j'avais plusieurs fois dessiné ou peint des images qui, si on les découpait grossièrement, révèlaient une structure commune. Faisant cette découverte, je ne me suis évidemment pas dit que j'étais en passe de découvrir l'image que j'avais de collée sur la rétine, mais que j'avais ce que j'ai spontanément nommé une composition récurrente. J'étais dans la réalisation innocente d'une vérité factuelle, qui pouvait simplement venir d'une habitude prise avec certains gestes, des réflexes en début de composition qui poussaient les images dans le même sens. Puis, j'ai réalisé -car mon dessin de foncedée mérite son titre, il était cru, infâme, premier degré à mourir, malheureusement parfaitement à même de me faire reconnaître la forme de cette composition récurrente, qui s'était précisée au fil du dessin sans que mon esprit foncedé ne tire sur les rênes, créant une apparition dont la description vous ferait frémir, mais univoque, m'apportant une information limpide devant laquelle aucun doute n'était possible : ma composition récurrente était une BITE. En réalité, c’était plutôt une sorte d'organe génital au genre indéterminé, toujours est-il que, devant mon dessin, je me suis dit « oh non, une bite !». Je me suis ruée dans mon atelier, dessin à la main, pour le comparer à ma peinture en cours, et alors, j'ai vu la bite dans la peinture. Ce n'était pas littéralement une bite, mais plutôt, les formes peintes répondaient au dynamisme de la bite (une rondeur, une courbe, une ligne droite en érection). Cette défonce m'apprenait une chose douloureuse : peu importaient mes convictions, peu importait la politique, j'étais une femme avec une image de bite collée sur la rétine. J'étais une femme qui, en improvisant, peignait et dessinait des formes phalliques. J'eus honte d'imaginer Freud ouvrir un oeil dans sa tombe et faire « AH !». Je parlais de cette expérience quelques jours plus tard à Guillaume, qui me dit que ma composition récurrente n'était pas « une bite », mais qu'elle se calquait simplement sur la formule du nombre d'or. Peut-être le nombre d'or suivait-il lui aussi le dynamisme de la bite. Je n'y pensais pas plus, car ça m'allait de me dire que je peignais spontanément des compositions qui respectaient les divines proportions de la Renaissance. Cela dit, maintenant, j'avoue que je peux modifier la direction d'une composition en forme de bite, car je ne veux pas donner raison à la psychanalyse. Un jour, je ferais une vraie peinture de bite, voir si ça me fait rougir.
Grosse pluie. Je reste à la maison écrire un peu puis travailler sur papier. Je me sers de la pluie comme excuse mais je n'avais pas envie d'aller à l'atelier aujourd'hui. Dans ces moments, je ressens la supériorité du travail d'atelier sur toile. Je suis étrangement productive dans ma sphère domestique ces temps-ci, donc j'essaie d'en profiter sans culpabiliser. Je pense à mon amie Kelly, qui, l'année où elle a commencé à enseigner, a « arrêté » sa pratique personnelle. On partageait l'atelier à l'époque. Elle venait y travailler sur ordinateur et apprendre la sérigraphie pour ses cours. Elle n'a pas produit d'oeuvre picturale majeure pendant cette période. Une peinture figurative de phare bleu vif, avec des traces (pas longtemps, expérimentation). Elle a repris la peinture plus tard, quand c'était le moment, avec l'arrivée des maquettes aussi, à Lyon. J'ai une peinture de la transformation et du sacrifice, mais elle n'est pas forcément relâchée. Une forme d'attache qui met une pression, très présente dans certaines toiles et complètement absente d'autres (Clou). Mais je n'ai pas envie de parler de ça, je voulais surtout écrire ce petit passage sur Kelly. J'aime travailler sur papier ces temps-ci et ça me fait vraiment plaisir. Aussi organiser ce qui est déjà là (portfolio, photos, site). Ça me permet de juste regarder avec une certaine distance + de comprendre et avancer. Phase nécessaire je suppose, puis il me semble absurde de créer des tableaux « dans le vide ». L'avantage de ma méthodologie chaotique est que je ne sais pas me forcer dans ce genre de moments. Je ne pense pas que ça m'empêche de surmonter un blocage, je pense que ça m'évite de m'enfoncer plus profondément dans ma propre merde. Et il faut bien réfléchir avec sa tête de temps en temps, au lieu de s'acharner à peindre à la seule force de ses instincts de bourrin.
Je travaille mal. Ai choisi de peindre sur papier avec aquarelle jaune et encre de Chine. Rien de bon. Ai complètement reproduit mon mode de travail stérile de l'atelier. Autant ne rien faire dans ces moments-là. Je ressens juste une lassitude et un ennui et j'ai une faible volonté et énergie. Sensation d'être complètement éparpillée et résiste à l'envie de me traiter de tous les noms (grosse merde). Il a arrêté de pleuvoir et je me dis que j'aurais peut-être dû aller à l'atelier en fin de compte -mais c'est trop tard maintenant que je suis de si mauvaise humeur. Envie de faire du ping-pong.
Un peu inquiète de relire ce carnet et qu'il soit plein de ce genre de textes sur les baisses de moral dans la création (style, journal intime d'une artiste en lutte avec elle-même).
Note sur ce carnet : Je pensais « maîtriser » ce carnet et n'écrire que des choses très intéressantes et intelligentes dedans mais en le relisant très vite en diagonale je trouve que c'est du grand n'importe quoi et je me demande ce qui m'est passé par la tête dans certains textes.
20/11/24. Nouveaux revêtements. Pas adaptés. Lourds avec une mousse alors que l'avantage du bois est sa légèreté. L'impression de tenir un gourdin. Du mal à enchaîner les attaques en coup droit. Impression d'être toujours en retard et d'avoir le bras lourd. Va m'obliger à être + technique et à réduire l'amplitude de mes gestes + à les préciser mais ça me fait chier (la raquette est bien trop lourde et je sens après une séance qu'elle ne correspond pas à mon jeu). Averse en sortant du club m'a doublement fait chier, mais en fait il avait neigé (la première neige à Bruxelles) alors au final j'étais heureuse.
Hâte de pouvoir avoir un cachot physique pour mes peintures. Les condamner à tant ou tant de mois d'emprisonnement si elles me gavent. Pouvoir accorder des libérations anticipées si j'ai envie d'en reprendre certaines.
19/01/25. Ai repris la peinture. Crapauds & peinture jaune. J'aime les contrastes. Le jaune est très difficile (court, fragile). Vais militer pour un élargissement des règles de l'expo. Discussion avec Jules sur la pureté en art et le compromis. Je ne sais vraiment pas quoi penser et je me sens incapable de faire des calculs pour ma carrière. J'ai de + en + l'impression que la seule chose que je puisse faire est de poursuivre mon délire et de voir comment ça se passe au fur et à mesure, mais en même temps c'est un peu immature non ? Dans tous les cas je pense pas que je puisse me forcer ou pousser dans un sens pas du tout naturel dans le sens de mouvement naturel. Je vois pas bien ce que je peux faire d'autre que continuer et on verra.
Sadist Fantasy of a Female Perv, Dedicated to the Dead
The dutch devil commanded : make me watch and wank !
For the detailed dreams of dragons and dicks are the deepest dimension of my depraved mind.
She said : Be kind, dream, and fuck a bit !
Came twice as I digged.
I, commander, am intended to fuck thee
Before I myself be fucked
By some bigger beast !
J'emploie "pute" comme une marque de respect de la plus haute distinction, je sais pas si ça fait sens ?↩